Le 21 avril dernier, la Commission mixte internationale (CMI), chargée de maintenir de bonnes relations entre le Canada et les États-Unis dans la gestion des eaux transfrontalières, a émis ses recommandations aux gouvernements canadien et américain pour réduire l’apport de nutriments et la prolifération de cyanobactéries dans la baie Missisquoi du lac Champlain.

Il s’agit d’un pas important dans les efforts pour réduire les apports en phosphore dans la baie Missisquoi qui sont les principaux responsables de l’augmentation des épisodes d’algues bleues (cyanobactéries) au fil des ans. C’est un problème qui engendre des pertes socio-économiques et qui menace la salubrité de l’eau potable depuis plusieurs décennies déjà.


Les recommandations du Groupe consultatif et de la CMI


Le Groupe consultatif de l’étude sur le lac Champlain (GCEC) a remis un rapport à la CMI en janvier 2020 qui s’articulait autour de six recommandations qu’il jugeait prioritaire : 

1) Établir et coordonner un groupe de travail binational sur la réduction du phosphore afin de renforcer la coopération et l’imputabilité des parties pour atteindre des objectifs convenus d’un commun accord. 

2) Développer un bilan de masse binational des importations et exportations de phosphore dans le bassin versant de la baie Missisquoi. 

3) Réduire l’utilisation de phosphore sur les terres du bassin versant de la baie Missisquoi. 

4) Augmenter la proportion des systèmes de cultures qui produisent moins de phosphore. 

5) Accroître la protection et augmenter la superficie des corridors de rivière et des bandes riveraines, des plaines inondables, des milieux humides et forestiers et veiller à ce qu’ils soient reconnectés pour favoriser la rétention des nutriments.

6) Inciter les intervenants publics à s’engager dans l’atteindre les objectifs relatifs à la salubrité de l’eau et des écosystèmes.



La CMI a retenu ces recommandations et, à la lumière du rapport du GCEC, propose dans son rapport final quatre recommandations principales pour lesquelles un temps de réalisation est estimé :

1) Renforcer les efforts gouvernementaux actuels (délai de réalisation estimé à 10 ans)

2) Améliorer les mécanismes de gouvernance existants (délai de réalisation estimé à 2 ans)

3) Comprendre les apports et les sorties de nutriments (délai de réalisation estimé à 3 ans)

4) Élaborer et lancer la mise en œuvre de plans d’action propres à chaque bassin (délai de lancement estimé à 7 ans)

Ces recommandations de la CMI concernent principalement des questions de gouvernance. C’est un enjeu de taille car cette problématique se doit d’être gérée en concertation avec les différents gouvernements de chaque côté de la frontière pour harmoniser les efforts notamment au niveau de la recherche scientifique et des mesures d’atténuation des apports en nutriments. 


Un enjeu depuis les années 90

L’enjeu des apports nutritifs dans la baie Missisquoi ne date pas d’hier, déjà en 2002 les gouvernements du Québec et du Vermont s’étaient engagés à diminuer la pollution dans la baie suite à la dégradation importante de la qualité de l’eau pendant la décennie précédente. Les efforts effectués depuis ont peut-être permis de ralentir l’eutrophisation de la baie mais ils n’ont pas permis de renverser la vapeur. 

L’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi (OBVBM), qui s’occupe du côté québécois du bassin versant, travaille sur le terrain depuis plus de 20 ans maintenant pour améliorer la qualité de l’eau. Le président de l’OBVBM, Pierre Leduc, siégeait aussi sur le groupe consultatif de Champlain qui était chargé d’appuyer la CMI dans son mandat. M. Leduc se dit satisfait du rapport déposé par la CMI et des recommandations formulées. Il reconnaît l’importance d’une meilleure collaboration binationale pour atteindre les objectifs que les gouvernements se sont fixés. 

Un défi de taille

Le travail sera long, M. Leduc semble en être bien conscient : « on a mis des décennies pour en venir à cette importante sédimentation dans la baie Missisquoi, ça en prendra probablement autant pour qu’elle retrouve sa pleine santé ». Car les sources d’approvisionnements en phosphore sont multiples et dépendent de plusieurs facteurs. L’urbanisation et l’agriculture sont généralement les premiers pointés du doigt, mais ces phénomènes s’inscrivent dans une dynamique sociétale complexe qui met toujours plus de pression sur l’environnement, d’où l’importance d’améliorer la gouvernance pour faire face à cet enjeu.

Car le statut-quo n’est pas une option non plus. La dégradation de la qualité de l’eau engendre des coûts importants et une perte irremplaçable de la riche biodiversité du lac Champlain. La vapeur se doit d’être renversée pour espérer atteindre les objectifs gouvernementaux et « récupérer les usages perdus à cause de la  mauvaise qualité de l’eau », comme l’explique M. Leduc. 

Des objectifs dans un avenir perturbé

Pourtant, personne n’a d’imputabilité quant à l’atteinte des objectifs fixés et ce serait là toute l’importance d’avoir un groupe de travail binational permanent comme le recommande le rapport. L’augmentation des efforts semble indispensable, surtout dans un contexte de changements climatiques. Au sud du Québec, les perturbations climatiques sont synonymes de pluies plus intenses, donc d’érosion accrue, ce qui implique une sédimentation plus importante. 

Le rapport de la CMI arrive à un moment social critique : la crise du coronavirus force les gouvernements à revoir leur stratégie au moment où le besoin pour des actions concrètes pour l’environnement se fait le plus sentir. La cadence actuelle et les moyens déployés jusqu’à présent ne fournissent pas les résultats espérés, reste donc maintenant à voir quelle suite les gouvernements donneront à ce rapport pour permettre à la baie Missisquoi de respirer à nouveau. 

Équipe de réalisation

Afin de rédiger son rapport et d’élaborer ses recommandations pour la baie Missisquoi aux gouvernements canadien et américain, la Commission Mixte Internationale (CMI) s’est appuyée sur l’expertise de l’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi (OBVBM), de la New England Interstate Water Pollution Control Commission (NEIWPCC) et du Lake Champlain Basin Program (LCBP) et sur les recommandations du groupe consultatif Québec/Vermont. 

L’OBVBM souligne le travail exceptionnel des membres du Groupe consultatif Québec/Vermont nommés par la CMI qui ont analysé l’ensemble des politiques et des programmes au Québec comme au Vermont et élaboré, à la lumière des principaux constats, des recommandations à la Commission. 

Membres du comité consultatif Québec/Vermont

Pierre Leduc – OBVBM – Co-Président
Eric Perkins – EPA - Co-Président
Sébastien Bourget – MELCC
Ryan Davies – Ville de Clinton
Gerardo Gollo Gil - MAPAQ
Laura DiPietro – VT AAFM
Simon Lajeunesse – MRC Brome Missisquoi
Fred Dunlap – NY DEC
Aubert Michaud – IRDA
Neil Kamman – VT DEC
Nathalie Provost – MELCC
Andrew Schroth – UVM
Angela Shambaugh – VT DEC  


L’Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi entend continuer sa collaboration avec les instances gouvernementales des deux pays et participer activement à la mise en place d’un comité transfrontalier et à l’élaboration d’un plan d’action binational. 

Pour consulter le rapport complet sur la baie Missisquoi : 

https://drive.google.com/file/d/1hXZAiRaOC9YCdxQcVKX00IvaR8GGE8mI/view?usp=sharing

Pour consulter la fiche résumé incluant les principales recommandations visant à réduire "L’apport de nutriments et ses impacts dans la baie Missisquoi, le lac Champlain et la rivière Richelieu" :

 https://www.ijc.org/sites/default/files/2019-11/CSAG%20Fact%20Sheet_All%20Purpose_PDF_Nov_14_Fr.pdf